Galerie Detaille

5 - 7 rue Marius Jauffret - 13008 Marseille
VISIONS D'UN ORIENT MEDITERRANEEN

VISIONS D'UN ORIENT MEDITERRANEEN

Exposition du 01.06.2011 au 29.07.2011
"L'exotisme n'est pas dans le paysage, mais dans le regard de celui qui le contemple."
Thierry Laget, à propos du Voyage en Orient de Gustave Flaubert, dans la préface de Madame Bovary, Gallimard 2001.

Cette exposition présente deux points de vue photographiques sur l'Egypte et le Maroc, celui de Fernand Detaille, avec des œuvres réalisées au début du XXe siècle, et celui de Michèle Maurin, photographe contemporaine.

Fernand Detaille eut l'ambition de faire partager ses voyages et ses découvertes en publiant au début du XXe siècle des photographies qui frappent par la justesse du cadrage et la beauté de leur lumière, tout en revêtant pour nous le charme des documents anciens. L'ensemble des photographies exposées sont des vintages.

Michèle Maurin, qui a quelquefois suivi les chemins qu'il avait empruntés avant elle, nous montre une œuvre de photographe-voyageur travaillée à sa manière, détournée, densifiée ou voilée, colorée, poétisée.

La confrontation de leurs œuvres nous permet de ressentir le passage du temps. Les photographies, prises à un siècle d'écart dans les mêmes pays, quelquefois dans les mêmes endroits, nous font toucher l'immuable de la lumière, du vent et du sable, le changement des villes, le déplacement du regard sur l'exotisme.


L'orientalisme photographique

Les Romantiques, multipliant les voyages et les écrits sur les pays du Bassin méditerranéen au début du XIXe siècle, éveillent dans les esprits européens curieux, chez les peintres et les premiers photographes, des rêves où la lumière exalte l'image d'un monde idéalisé. Ces visions s'inscrivent dans une époque avide de conquêtes et de découvertes. Avec les nouveaux procédés qui permettent la reproduction, l'appareil photographique devient l'outil indispensable pour rendre compte d'un voyage, reproduire avec précision les vestiges millénaires, témoigner de modes de vie, nourrir l'imaginaire occidental.

L'attrait du monde oriental persiste aujourd'hui ; il évolue avec l'histoire et se confronte aux réalités. Les rives sud de la Méditerranée exercent toujours une force d'attraction sur les européens qui continuent d'y chercher des sources d'inspiration et manifestent, davantage qu'hier, le besoin d'aller à la rencontre de ses populations.


Photographe invité: Edwin Fautoux-Kresser
Fernand Detaille

Fernand Detaille reprend l'atelier Nadar, rue Noailles - aujourd'hui La Canebière - dès 1902. Il a 27 ans.
En 1906 et en 1922 il est le photographe officiel des expositions coloniales. C'est aussi l'époque où il entreprend des voyages en Egypte et au Maroc pour récolter des images destinées à de futurs ouvrages imprimés en héliogravure.

En 1907, à l'issue de la première exposition coloniale, Fernand Detaille découvre en Egypte la lumière d'Orient. Ses photographies illustreront un livre d'Henry Bordeaux, Le Sphinx sans visage.
Son style sobre, épuré, rend compte des grands espaces qui le frappent, des monuments en prise avec le désert.
Il photographie les pyramides et le sphinx de Guizeh près du Caire ; la pyramide à degrés de la nécropole de Saqqarah; les sites archéologiques de Louxor et de Karnak ; les flottilles de felouques qui suivent le Nil ; les vestiges romains d'Alexandrie ; les tombeaux des califes. Témoin des grandes crues, il fixe son objectif sur quelques bosquets de palmiers isolés qui se dressent, majestueux, sur les terres inondées.
Ce voyage le confronte à la démesure, celle des bâtisseurs d'empires, celle de la nature puissante, capable de noyer des paysages immenses, à perte de vue. Le regard du photographe se maintient toujours à distance, comme pour donner une échelle humaine aux réalisations pharaoniques et aux outrances d'un fleuve.

Un quart de siècle plus tard, il embarque pour un nouveau périple en Afrique du nord. Cette fois, il met le cap sur le Maroc. Nous sommes en 1933.
Tanger, Rabat, Fès et Meknès, Casablanca, Mazagan, Marrakech, Ouarzazate, la vallée de l'Asni... Les villes, villages berbères du Grand-Atlas, déserts du sud, sont autant de lieux qui touchent la sensibilité de Fernand Detaille.
Dans sa ligne de mire se succèdent koubas, tours et minarets, palmeraies, places de marchés, hameaux de pisé, palais mauresques décorés de mosaïques, fêtes du Moussem et de l'Aïd el-Kebir.
Il suit les mulets dont les bâts débordent, se mêle aux hommes accroupis au pied des murailles des ksars, s'engage dans le dédale des ruelles ombragées où se faufilent les femmes voilées, jusqu'à la porte des hammams.
Au Maroc, dont il a su exalter les paysages, Fernand Detaille s'est surtout attaché à transmettre le quotidien d'une population, ses activités, son cadre de vie, ses fêtes, en saisissant des instants auxquels il a donné un caractère intemporel.
Michèle Maurin

Michèle Maurin travaille ses prises de vue dans son laboratoire selon des procédés qui lui sont propres : elle remodèle ses images dans des bains élaborés à partir de métaux précieux et leur confère ainsi le mystère ou la sensualité que lui inspirent les sujets qu'elle photographie.

Le Maroc
Au début des années 1990, Michèle Maurin vit à Casablanca. Au hammam, elle s'imprègne des ambiances et des postures des corps dénudés. Et elle découvre le henné. Quelle est cette plante ? Où pousse-t-elle ? Qui la cultive ?
La photographe commence un voyage dont le henné devient le fil conducteur, dans la région d'Azemmour et dans le Tafilalet. C'est au pied des koubas, petits mausolées dédiés aux marabouts, qu'elle photographie les premiers plants, dans une terre protectrice où ils puisent leurs vertus réparatrices et décoratives. Au cours de son exploration, des liens se tissent avec les cultivateurs et leurs familles. La vie sourd dans les regs et dans les palmeraies où s'amusent les enfants au bord des bassins d'irrigation.

L'Egypte
Son voyage en Egypte est d'une autre nature. Michèle Maurin s'engage sur les brisées de Gustave Le Gray dont elle éprouve le besoin de se rapprocher. C'est un pionnier de la photographie, mort au Caire en 1884. Il y avait passé les vingt dernières années de sa vie.
Pourquoi cette fascination pour Le Gray ? Le hasard d'un tirage. Michèle Maurin photographie un bord de mer, soumet l'épreuve à des virages successifs et retrouve dans un flash l'émotion que lui avait procurée la célèbre Vague de Gustave Le Gray. Cela suffit à motiver son envie de se lancer sur ses traces et de se confronter à sa mémoire. Elle sillonne les rues du Caire. Qu'en reste-t-il ? Des ruelles aux façades encombrées d'antennes paraboliques, des terrasses couvertes de gravats et d'herbes sauvages. Elle quitte Le Gray à la porte du Caire. Et voilà Guizeh, ses pyramides, son sphinx ; les palmeraies, les seguias, le souffle du khamsin.
Michèle Maurin dit qu'elle aurait aimé savoir peindre ses voyages : les bains chimiques se sont savamment substitués aux couleurs et aux outils du peintre.

Repères biographiques
Michèle Maurin est née en Côte d'Ivoire. Elle vit à Paris.
Elle a enseigné la biologie en Afrique de l'Ouest tout en animant des ateliers photographiques. Installée en France depuis une quinzaine d'années, elle se consacre entièrement à la photographie, multipliant les recherches dans le domaine du tirage. Elle enseigne à l'Ecole des Gobelins à Paris.
Edwin Fauthoux-Kresser
Photographe invité dans le cadre de l'exposition Visions d'un Orient méditerranéen

Les Vues de Tinghir sont une série de huit photographies en couleur au format 50x50, réalisées en décembre 2010 au Maroc.
Dans ces images domine la monochromie d'une terre sèche, brûlée par le soleil et par le vent. Murs et murets définissent l'espace, comme la masse géométrique des bâtiments en construction sur des parcelles de terre brute, pierreuse, broussailleuse. Le ciel diffuse une lumière filtrée par des nuages mouvants.
En proposant, par la découpe photographique, des entrées dans ces compositions spaciales, le photographe oriente le regard du visiteur à l'intérieur du paysage.

"Ces vues de la ville de Tinghir abordent le paysage comme l'objet sensible d'une construction. Sur les collines désertiques où s'étend la ville, le territoire nouvellement investi se trouve en mutation, à une charnière qui donne à voir et à construire. Des formes et des masses nouvelles, prégnantes, affectent la structure intime du paysage dans la nudité parfois absurde de cette phase transitoire.
A ce moment de bascule entre relief naturel et espace urbain, où les gestes de marquage, de délimitation, d'appropriation deviennent visibles, l'émergence du bâti (murs aveugles, murs de clôture, tracé des rues) renégocie le rapport à l'espace."

Edwin Fauthoux-Kresser

Edwin Fauthoux-Kresser est né à Pau en 1988.
Diplomé d'une licence d'Histoire de l'Art, il étudie depuis 2009 à l'Ecole nationale supérieure de photographie d'Arles .