Galerie Detaille

5 - 7 rue Marius Jauffret - 13008 Marseille
Mexique : la révélation d'une terre de John Mack

Mexique : la révélation d'une terre de John Mack

Exposition du 31.05.2012 au 28.07.2012
Premières impressions
Le photographe aborde ce pays voisin avec un oeil vierge, avide de capter les "premières impressions" qui s'imposent à lui dans leur poésie et leurs contrastes saisissants.

"J'essaie d'approcher le Mexique sans idées préconçues. Je ne porte pas de jugement sur un mode de vie qui, a priori, n'est pas le mien. J'aime l'authenticité des Mexicains qui ont choisi de vivre à leur manière et à leur rythme . La beauté de ce pays et la dure réalité sociale me sont apparues simultanément, avec une intensité que je ne soupçonnais pas avant de traverser la frontière de cette autre Amérique. Les Américains qui s'aventurent au Mexique ont des réactions tranchées : les uns éprouvent une attirance irrésistible pour cette terre rugueuse et généreuse dont la poussière vous pénètre, les autres sont choqués par le désordre et la corruption qui les empêchent d'y déceler autre chose. Je fais partie des premiers. Au début de mon séjour, j'ai d&ucicrc; surmonter quelques résistances personnelles avant de me sentir à l'aise dans ce monde animé par un certain chaos. Plus je m'y suis engagé, mieux j'ai appris à l'accepter tel qu'il se présentait à moi : rude, hospitalier, inaltéré. Alors les blocages ont lâché et la magie a opéré.

Le Mexique m'a offert une nouvelle approche de la vie, loin des parcours aseptisés des Etats-Unis. Le mot Alegria pourrait décrire ce que l'on ressent, comme étranger, au milieu de ce peuple évoluant avec aisance dans un joyeux chaos, en s'intégrant peu à peu dans ce monde d'une beauté éclatante et d'une simplicité touchante. Là-bas, tout s'improvise, rien n'est tracé d'avance. Vous devez être en éveil, vous adapter aux situations et vous laisser surprendre.

J'aime cette absence de voies directes, rapides. Les chemins de traverse vous conduisent plus s&ucicrc;rement à des visions insoupçonnées, à des spectacles inattendus et, en ce qui me concerne, à la matière même qui nourrit mon travail de photographe. Souvent j'appuie sur le déclencheur de mon appareil pour ne pas manquer un instant précis oùil se passe quelque chose : une scène, une rencontre, une vision fugitive. Il arrive que je voie à peine ce que je vise, pourtant je sens l'adéquation entre le lieu, le moment et le cadre - et c'est devant la photo révélée que je réalise pourquoi je l'ai faite."


Pendant plusieurs années John Mack a parcouru en voiture ou en bus les zones rurales en s'attardant dans les pueblos ; il a rencontré les communautés indiennes, franchi les régions désertiques et passé du temps dans les villes. Avec un seul objectif : celui de s'imprégner de l'âme du Mexique, de le comprendre et d'en restituer les racines immuables.



Revealing Mexico
Ses photographies ont été publiées dans un ouvrage de référence, Revealing Mexico (175 photographies pleine page), édité en 2010 à l'occasion du bicentenaire de L'Indépendance du Mexique. Cette commémoration et le lancement du livre ont donné lieu à un événement prestigieux placé sous la présidence d'honneur de Bill Clinton et organisé au Rockfeller Center à New York.

Ce livre a reçu un prix au 25e salon du Livre de New York (catégorie photographie).

Plusieurs expositions des photos de John Mack ont été organisées à New York et Mexico ces dernières années. Le photographe est représenté par la galerie Robert Mann, New York.



L'exposition
L'exposition proposée par Hélène Detaille rassemble des photographies noir et blanc, tirages argentiques au format de 16x20 inches (environ 40x50 cm), et une série de tirages couleur au format 20x20 inches (environ 50x50 cm). Les photographies noir et blanc ont, pour certaines, été publiées dans l'ouvrage Revealing Mexico mentionné plus haut.

Photographies noir et blanc
Dans ce long travail documentaire, le photographe a privilégié le noir et blanc, comme Henri Cartier-Bresson et André Kertész, ses maîtres en photographie. " Le noir et blanc définit mieux la lumière, les lignes, les masses et la gamme étendue des gris qui donne une dimension particulière aux ombres. Cela convenait mieux aux sujets traités. " Pour la prise de vue, il utilise un Leica.

Photographies en couleur
John Mack dit aimer la couleur uniquement lorsqu'elle s'impose à lui ; une scène, un paysage peut le frapper parce que la composition et l'agencement des couleurs lui semblent parfaits : alors il fait une photo qui restitue l'image telle qu'elle lui est apparue. Dans ce type de photos, ce n'est jamais le sujet qui prévaut, mais un monde imaginaire qui se met en place sous ses yeux, qui lui permet de rêver au-delà de ce qu'il voit. La plupart des photographies en couleur ont été faites avant 2004.



Ce que nous disent les photographies de John Mack
L'ensemble de ses photographies baigne dans une atmosphère poétique oùla lumière naturelle est privilégiée. Elles traversent les époques : des images intemporelles coexistent avec les sujets d'un quotidien plus contemporain, narratif ou contemplatif. Le photographe met toujours une distance entre son objectif et la scène, photographiée sans aucune sophistication et respectant toujours une construction rigoureuse. Il se dégage une certaine douceur de ses paysages et des scènes de genre dont on sait pourtant qu'ils se situent dans des décors sauvages et dans un climat sans nuances.

On peut regarder les photographies de John Mack comme on déroule les séquences d'un western ou d'un road movie. Avec d'évidentes références à David Lynch, Wim Wenders, ou Terence Malick dans le Nouveau Monde (la photographie de deux Indiens du Chiapas sur une barque nous renvoie à l'origine du continent américain). La ville est peu représentée, si ce n'est par fragments : un parc à Monterrey, un bord de rue planté d'arbres à Mexico, une passerelle à Zacatecas, un bus à Durango, un escalier en hélice à Villahermosa, un site en construction à Vera Cruz. Les états du Chiapas ou de Vera Cruz offrent de grands espaces marqués par une végétation tropicale clairsemée (palmiers, saguaros) ou alignée (agaves). Le photographe s'est aussi attardé sur les bords de mer : à Mazatlàn, El Tamarindo sur le Pacifique, à Cancùn, sur la mer Caraïbe - paysages reconstruits ou scènes saisies en passant.

Les sites craquelés de la région d'Ocosingo, aux couleurs de terre desséchée, lui ont inspiré de véritables tableaux. Comme les arbres de la Selva Lacandona ou les eaux turquoises du site d'Agua clara, dans le Chiapas. Un grand silence envahit ces photographies qui ouvrent la voie à l'imaginaire.