Galerie Detaille

5 - 7 rue Marius Jauffret - 13008 Marseille
Paysages recomposés

Paysages recomposés

Exposition du 19.09.2012 au 27.10.2012
Marc Chostakoff
Plasticien photographe, Marc Chostakoff vit à Marseille.
Son histoire artistique commence avec les paysages de mer. A partir de photographies prises du rivage, vastes étendues d'eau séparées du ciel par un horizon linéaire - images familières que chacun peut reconnaître -, il introduit un élément extérieur au paysage, instaure un trouble dans la perception de l'image, ouvre le champ de l'illusion.
L'exposition présente une sélection de ces oeuvres, un parcours amorcé il y a près de vingt ans. Les séries Horizons se succèdent et suivent les rivages de Fos, Martigues, Marseille, Sanary, Alexandrie, Mirleft (Maroc). Les découpes en cercle ouvrent une trappe, les plans surélevés évoquent un barrage sur la mer, les failles séparent les eaux. L'intervention numérique est là pour provoquer une réaction du spectateur, pour remettre en question notre représentation mentale du monde.
Ces images illustrent bien la démarche de l'artiste : suggérer la transformation possible d'un site naturel, d'un environnement ordinaire.

Explorations et cheminements
" Je ne suis pas un enfant de l'ordinateur. A la sortie des Beaux-arts je voulais me détacher de ce que j'avais acquis. Très vite j'ai commencé à enseigner ; le lycée où j'exerçais a acquis un ordinateur sur lequel je me suis exercé, puis j'en ai acheté un. Au commencement j'avais la sensation très agréable de mettre les pieds sur un terrain inconnu, alors que dès qu'on fait de la peinture on a 12.000 ans derrière nous qui nous tiennent la main. Là, j'avais l'impression que je pouvais tout faire. Pour construire une image, je fais confiance aux images qui ressurgissent, qui remontent à la surface.
Jusqu'ici j'ai présenté (mon travail) essentiellement par séries. Maintenant j'y découvre des cheminements, des thèmes récurrents. Je me débrouille pour que mes prises de vue ne soient pas totalement équilibrées et qu'une intervention numérique leur apporte quelque chose en plus. "


Le thème de l'eau
" Je me suis toujours trouvé au contact de l'eau. Je suis né au Maroc, j'ai vécu au bord du désert d'un côté, de l'océan de l'autre, d'où probablement ma fascination pour les espaces vides et pour les horizons.
Il y a dans ma famille des histoires extraordinaires, liées à la mer, à l'eau. Mon arrière-grand-mère accompagnée de sa fille a traversé le détroit de Gibraltar dans une barque avec des pêcheurs. Elle est passée de l'Espagne au Maroc pour fuir un mariage qu'on voulait lui imposer après son veuvage ! Mon arrière grand-père russe, Chostakoff, capitaine au long cours, commandait un cargo marseillais ; il a obtenu de quitter le port d'Odessa, bloqué en 1917 pendant la Révolution russe, sous prétexte de ramener une cargaison à Marseille. (…)


Le Maroc et l'Egypte
" Mirleft est un petit village du Sud marocain. Lorsque j'y suis allé, en 2008, après une longue sécheresse, il y avait eu un orage et la mer s'était remplie de la terre des oueds. La couleur est bien celle de la mer ce jour-là ; mon intervention est très discrète. Ce qui relie ces photos à celles d'Alexandrie (prises en 2008 également), c'est la minéralité. Les premiers plans ne sont pas modifiés, et mon intervention numérique au lointain crée une rupture visuelle par rapport à la vérité des premiers plans. Alexandrie est construite le long d'une sorte de corniche à huit voies qui fait 25 km. Je l'ai longée à pied pour faire des prises de vue, et la plage qu'on voit sur ces images sert de dépôt pour entreposer les pierres nécessaires à un chantier. Ni la couleur ni l'effet de lumière ne sont modifiés. "

Etang de Berre, Martigues (2004)
" Une des rares images où l'intervention numérique est réalisée dans le ciel, alors que le plus souvent je les pratique dans les surfaces terrestres ou aquatiques. Je l'aime beaucoup (...) : l'eau, les rochers, le ciel et cette trouée qui ouvre vers un espace encore au-dessus. Et puis en fond d'horizon : la Sainte-Victoire. "

Evolution
Si les séries Horizons présentent une modification de la réalité avec l'intrusion d'un élément étranger à l'image, les séries comme La peau du monde ou Cité du Design révèlent un travail d'une autre nature, où l'artiste joue avec la texture des surfaces observées, avec les effets de matière. Ainsi, par exemple, le Diptyque 2009, créé par l'association de deux images : le Parc de Tholon (2008) et le Sténopé série 9 de Saint-Etienne (2008).
Voici des jeux de miroirs, des reflets dans un bassin, une image inversée. Des mondes s'interpénètrent ; une ombre, une trace, une forme se projettent dans un cadre qui, à l'origine, ne la contenait pas. Architecte d'un univers singulier, l'artiste crée des paysages composés : sa vision poétique nous entraîne dans un monde que nous n'avions pas imaginé.

(Les propos de Marc Chostakoff reproduits ici sont extraits d'un entretien avec l'équipe de l'Artothèque Antonin Artaud, Marseille - catalogue de l'exposition Eau de là présentée à l'Artothèque au printemps 2011.)


Jeannie Abert
Diplômée de l'Ecole supérieure d'art et design de Saint-Etienne, Jeannie Abert suit actuellement le cursus de master II de l'Ecole nationale supérieure de photographie d'Arles.
Les deux séries présentées dans cette exposition montrent la direction du travail amorcé par cette jeune plasticienne photographe.

Landscapes
Collages et découpage numérique, New York, 2011
Landscapes est une proposition d'évasion et de respiration. Un temps d'arrêt où l'on se permet de regarder le ciel, l'eau et la terre. Amener le souvenir d'une architecture ou d'un édifice et le projeter là où il n'aurait pas pu être : l'imagination nous amène à déplacer un lieu dans un autre, en construisant un nouvel espace, à concevoir un paysage sensible, nouveau.


Evidence of things partially true
Collages, New York, 2011
Cette recherche est née d'une réaction à la modernité et au gigantisme du centre ville new yorkais, d'un besoin de retourner aux origines pour rechercher la vie dans ses manifestations primitives. A partir de prises de vue argentiques des rues la nuit, des couloirs de métro, de musées présentant les vestiges de civilisations passées, Jeannie Abert découpe les images et les assemblent à d'autres.
Dans cette série, elle crée ainsi un nouvel espace formel, partiellement vrai, qui puiserait sa force et son énergie dans le réel, mais qui en expérimenterait les limites en en proposant une autre lecture.